Rédacteur : Souleymane Ndour – Paffainfos.com
Entre le FMI, les BRICS+ et les partenaires historiques, Dakar cherche la meilleure voie pour financer son économie. Une étude chiffrée de nos coopérations révèle que le pragmatisme doit l’emporter sur l’idéologie.Ce 8 septembre, pendant que s’ouvrait le sommet des BRICS+ à New Delhi, le Sénégal défendait à l’Assemblée un accord de 2,2 milliards de dollars avec le FMI pour juguler une dette à 132% du PIB. Un timing qui oblige à comparer, chiffres à l’appui, ce que vaut chaque partenaire.
BRICS+ : Un géant aux pieds d’argile financière
Certes, les BRICS+ pèsent 50% de la population et 40% du PIB mondial. Mais leur banque, la NDB, n’a validé que 39 milliards de dollars de projets depuis 2015. C’est peu.Surtout, la NDB ne joue pas le rôle de pompier en cas de crise de dette. Elle exige une bonne note souveraine, prête à taux de marché et finance des routes ou des ponts, pas des restructurations. Le Bangladesh, membre depuis 4 ans, n’a touché que 125 millions de dollars. Il faut donc être patient.
La Chine, l’Inde et les Émirats déjà en action
Sans même adhérer aux BRICS+, Dakar profite déjà de ses membres. Pékin est notre premier créancier bilatéral avec 1 380 milliards FCFA à l’Exim Bank of China (9% de la dette) et notre premier fournisseur. New Delhi est notre 3e partenaire commercial et sécurise notre riz.Abu Dhabi n’est pas en reste avec 1,1 milliard de dollars de DP World pour le Port de Ndayane et de nouveaux contrats majeurs dans l’énergie et les mines.
Washington absent, Moscou impuissant
Sur la dette, ni les USA ni la Russie ne sont une alternative.Malgré la visite du Président Faye aux États-Unis, Washington ne prête pas directement au Sénégal. Son aide passe par des dons (MCC) ou son influence au FMI et à la Banque Mondiale.Le cas russe est plus flagrant. En 2019, Moscou jurait doubler son commerce avec l’Afrique. En 2026, rien n’a bougé. L’affirmation de son ambassadeur en 2022 faisant du Sénégal son 2e partenaire en Afrique subsaharienne est démentie par l’OMC. On lui achète du pétrole et de l’engrais, il ne nous achète rien. En Afrique, la Russie exporte 7 fois plus qu’elle n’importe. Avec 40% de son budget englouti par la guerre, elle n’a pas les moyens de financer Dakar.
L’Europe, le seul vrai filet de sécurité
Face à une dette insoutenable, le système classique porté par l’Europe reste le seul à pouvoir coordonner les créanciers.Le Club de Paris permet de rééchelonner ou d’effacer la dette, ce que Pékin ou Moscou ne proposent pas en bilatéral. En 2004, il a permis d’effacer plus de 280 milliards FCFA pour le Sénégal.Commercialement, l’UE reste loin devant avec 3 800 milliards FCFA d’échanges en 2025, dopés par son programme Global Gateway.
Le pragmatisme comme doctrine
Collaborer avec tout le monde – Chine, Inde, Émirats, Europe, FMI – sans se lier à un seul bloc, c’est la diplomatie multi-vectorielle. Et les chiffres montrent que ça marche.Mais cette rigueur doit s’appliquer partout. Le mirage russe prouve qu’un slogan ne remplace pas une analyse des flux financiers. La vraie souveraineté, c’est de choisir librement le partenaire le plus efficace pour l’intérêt national.
Rédacteur : Souleymane Ndour – Paffainfos.com








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